{"id":7543,"date":"2025-09-24T17:42:38","date_gmt":"2025-09-24T15:42:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.swash-formation.fr\/?p=7543"},"modified":"2025-09-24T17:42:38","modified_gmt":"2025-09-24T15:42:38","slug":"vers-un-design-responsable-entre-crises-doutes-et-nouvelles-postures","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.swash-formation.fr\/ressources\/vers-un-design-responsable-entre-crises-doutes-et-nouvelles-postures\/","title":{"rendered":"Vers un design responsable : entre crises, doutes et nouvelles postures"},"content":{"rendered":"<p>Alors que la <a href=\"https:\/\/triennale.org\/en\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">24e Triennale de Milan<\/a>, consid\u00e9r\u00e9e comme le \u00ab temple \u00bb du design italien, a ouvert ses portes en mai 2025 avec pour fil conducteur, et titre de l\u2019exposition, <a href=\"https:\/\/triennale.org\/en\/24th-international-exhibition\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Inequalities<\/a>, difficile de ne pas remarquer l\u2019inflexion qu\u2019emprunte aujourd\u2019hui la programmation des grandes expositions internationales de design, vers une observation plus critique d\u2019un m\u00e9tier qui cherche \u00e0 red\u00e9finir sa l\u00e9gitimit\u00e9 dans un monde en crise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 Milan, le prisme d\u2019observation se recentre sur une dimension \u00e0 la fois humaine et politique, interrogeant le r\u00f4le du designer comme acteur.rice capable d\u2019imaginer les diff\u00e9rences (\u00e9conomiques, sociales, culturelles) comme une ressource pour la (re)construction des communaut\u00e9s. \u00c0 Saint-\u00c9tienne, la Biennale de Design 2025, intitul\u00e9e <a href=\"https:\/\/www.biennale-design.com\/saint-etienne\/2025\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Ressource(s), pr\u00e9sager demain<\/em><\/a>, explore quant \u00e0 elle les inqui\u00e9tudes d\u2019une profession en plein doute. Le designer \u00ab intranquille \u00bb, en qu\u00eate de sens, questionne les outils dont dispose le design et cherche \u00e0 remettre en cause les modes de production et de consommation dans un monde en dette \u00e9cologique. La conf\u00e9rence internationale <a href=\"https:\/\/www.citedudesign.com\/fr\/a\/adrec-2025-faire-encore--3500\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">AD\u2022Rec Faire, encore<\/a>, associ\u00e9e \u00e0 la Biennale de Saint-\u00c9tienne cet \u00e9t\u00e9, amplifie ce questionnement : pourquoi continuer \u00e0 produire dans un monde d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9 d\u2019objets superflus, dans un contexte d\u2019\u00e9puisement des ressources et de mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div><img decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-7600\" src=\"https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image3-300x212.jpeg\" alt=\"\" width=\"552\" height=\"390\" srcset=\"https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image3-300x212.jpeg 300w, https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image3-1024x724.jpeg 1024w, https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image3-768x543.jpeg 768w, https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image3-1536x1086.jpeg 1536w, https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image3-2048x1448.jpeg 2048w, https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image3-100x71.jpeg 100w, https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image3-1184x837.jpeg 1184w\" sizes=\"(max-width: 552px) 100vw, 552px\" \/><\/div>\n<div class=\"question\"><span style=\"font-weight: 400;\">Federica Fragapane, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Forme di disuguaglianze<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> (2025).\u2028<\/span><\/div>\n<div class=\"question\"><span style=\"font-weight: 400;\">Installation de data visualization pr\u00e9sent\u00e9e dans le cadre de la 24e Exposition internationale <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Inequalities<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00e0 la Triennale de Milan.\u00a0<\/span><\/div>\n<div class=\"question\"><span style=\"font-weight: 400;\">Installation et exhibition design : Midori Hasuike ; editing : Veronica Vannini.<\/span><\/div>\n<div class=\"question\"><span style=\"font-weight: 400;\">Photo : Lucrezia Russo<\/span><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La Biennale de Porto <a href=\"https:\/\/www.portodesignbiennale.pt\/en\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">TIME IS PRESENT. Designing the Common<\/a>, de son c\u00f4t\u00e9, propose de consid\u00e9rer le temps comme une ressource commune. L\u2019appel \u00e0 propositions de l\u2019exposition, qui ouvrira le 23 octobre \u00e0 la Casa do Design de Matosinhos, invite les designers \u00e0 se r\u00e9approprier le temps en le pensant comme un commun (1), et \u00e0 explorer des formes de d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration du travail et de la production pour s\u2019opposer \u00e0 un syst\u00e8me \u00e9conomique et culturel o\u00f9 seules les activit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de capital semblent \u00eatre mises en valeur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces exemples europ\u00e9ens, en croisant regards critiques et approches prospectives, montrent le m\u00eame changement de paradigme : le design ne se pr\u00e9sente plus comme une r\u00e9ponse, mais comme une interrogation. S\u2019il faut reconna\u00eetre que le design, tel qu\u2019il s\u2019est historiquement constitu\u00e9 \u2014 dans ses m\u00e9thodes, ses mod\u00e8les \u00e9conomiques, son ancrage dans la production de masse et l\u2019exploitation des ressources \u2014 fait partie du probl\u00e8me, le designer est ainsi confront\u00e9 \u00e0 sa propre responsabilit\u00e9. Et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un changement de posture.<\/p>\n<h3>\u00a0<\/h3>\n<h3 class=\"sousChap chapitre\">De la critique \u00e9cologique \u00e0 l\u2019engagement social<\/h3>\n<p>Si on regarde la dimension environnementale, les critiques \u00e9cologistes ne datent pas d\u2019hier. Elles s\u2019inscrivent dans une longue trajectoire d\u2019angoisse face \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server ses ressources naturelles. D\u00e8s la Gr\u00e8ce antique, Aristote soulignait d\u00e9j\u00e0, dans son ouvrage majeur La Politique, la difficult\u00e9 des individus \u00e0 privil\u00e9gier le bien commun plut\u00f4t que leur int\u00e9r\u00eat personnel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 du design, la prise de conscience n\u2019est pas plus r\u00e9cente. Pendant la R\u00e9volution industrielle, William Morris (fondateur du mouvement <em>Arts &amp; Crafts,<\/em> figure majeure du design graphique naissant et sans doute l\u2019un des premiers designers \u00ab \u00e9cologistes \u00bb) d\u00e9non\u00e7ait les ravages de la cupidit\u00e9 humaine et mettait en lumi\u00e8re le potentiel destructeur du capitalisme, \u00e0 la fois sur l\u2019art et sur la beaut\u00e9 de la Terre. Plus tard, dans les ann\u00e9es 1970, Victor Papanek prolonge cette critique en alertant sur la responsabilit\u00e9 des designers face \u00e0 la d\u00e9gradation des ressources, cons\u00e9quence d\u2019une production irresponsable. Dans son livre <em>The Green Imperative<\/em>, il allait jusqu\u2019\u00e0 poser une question radicale : les designers, architectes et ing\u00e9nieur.e.s doivent-iels \u00eatre tenu.e.s personnellement, voire juridiquement, responsables de concevoir des objets qui participent \u00e0 la d\u00e9t\u00e9rioration de l\u2019environnement ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>R\u00e9duire la responsabilit\u00e9 des designers \u00e0 la seule dimension \u00e9cologique serait pourtant insuffisant. Depuis la mise en lumi\u00e8re, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019obtention du prix Nobel de sciences \u00e9conomiques en 2009, des travaux de l\u2019\u00e9conomiste Elinor Ostrom sur la gestion des communs, la r\u00e9flexion autour des ressources ne se limite plus seulement \u00e0 leur exploitation et au risque de leur \u00e9puisement, mais s\u2019\u00e9largit \u00e0 la question de leur gestion collective. Comment les ressources communes \u2014 l\u2019eau, la terre, mais aussi les espaces num\u00e9riques \u2014 peuvent-elles \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9es et partag\u00e9es \u00e9quitablement au sein d\u2019une communaut\u00e9 ? Quels sont les m\u00e9canismes sociaux qui visent \u00e0 en garantir ce partage ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La justice sociale appara\u00eet ainsi comme indissociable de la question \u00e9cologique. Pour les designers, la responsabilit\u00e9 ne consiste donc plus uniquement \u00e0 limiter sa consommation de ressources, mais \u00e0 inscrire sa pratique dans une logique plus complexe et syst\u00e9mique.\u00a0<\/p>\n<h3>\u00a0<\/h3>\n<h3 class=\"sousChap chapitre\">Le choix des outils : un acte politique<\/h3>\n<p>Si l\u2019on revient \u00e0 la question de la production, et plus particuli\u00e8rement \u00e0 celle des objets graphiques, il faut rappeler que les outils ne sont jamais neutres. Chaque choix technique porte en lui une dimension sociale, politique et \u00e9cologique : d\u00e9cider \u00ab comment produire \u00bb, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 prendre position.<\/p>\n<p>Si l\u2019on prend l\u2019exemple de l\u2019intelligence artificielle g\u00e9n\u00e9rative, r\u00e9cemment plac\u00e9e au c\u0153ur des d\u00e9bats sur l\u2019innovation technique, cela illustre bien ce concept. Cet outil, porteur de promesses d\u2019innovation, d\u2019efficacit\u00e9 et de performance, repose en r\u00e9alit\u00e9 sur une cha\u00eene mondiale d\u2019in\u00e9galit\u00e9s et de destructions : extraction de ressources naturelles, exploitation du travail humain et captation massive de donn\u00e9es. L\u2019\u0153uvre Anatomy of an AI System de Kate Crawford et Vladan Joler (pr\u00e9sent\u00e9e jusqu\u2019au 21 septembre au Jeu de Paume \u00e0 Paris dans <a href=\"https:\/\/jeudepaume.org\/evenement\/exposition-le-monde-selon-ia\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">l\u2019exposition Le monde selon l\u2019IA<\/a>) en donne une lecture saisissante, \u00e0 travers une cartographie d\u2019un syst\u00e8me qui r\u00e9v\u00e8le le paradoxe de la production li\u00e9e aux intelligences g\u00e9n\u00e9ratives dans le monde contemporain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Encore une fois, la dimension \u00e9cologique reste au c\u0153ur du d\u00e9bat. Mais elle ne peut \u00eatre dissoci\u00e9e des enjeux sociaux et politiques li\u00e9s non seulement \u00e0 la consommation massive d\u2019\u00e9nergie, mais aussi \u00e0 l\u2019exploitation de la main-d\u2019\u0153uvre, \u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des cadences de production et \u00e0 l\u2019aggravation des in\u00e9galit\u00e9s globales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La critique de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration et de l\u2019exploitation du travail li\u00e9es aux avanc\u00e9es techniques n\u2019est pas nouvelle. Comme on l\u2019a vu, William Morris la d\u00e9non\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, en pleine expansion industrielle. Plus d\u2019un si\u00e8cle plus tard, le passage de l\u2019\u00e8re industrielle \u00e0 l\u2019\u00e8re digitale a repris ce m\u00eame sch\u00e9ma : de nouvelles promesses d\u2019\u00e9mancipation, suivies d\u2019un retour brutal aux logiques de productivit\u00e9. Le cyberespace, l\u2019internet et les ordinateurs ont d\u2019abord \u00e9t\u00e9 per\u00e7us comme des instruments de libert\u00e9, capables de lib\u00e9rer des hi\u00e9rarchies \u00e9tablies, et comme des outils d\u2019exp\u00e9rimentation riches en cr\u00e9ativit\u00e9 : une promesse exaltante d\u2019autonomie et de lib\u00e9ration. Mais tr\u00e8s vite, ces outils ont \u00e9t\u00e9 absorb\u00e9s par les logiques de march\u00e9 et de contr\u00f4le propri\u00e9taires et capitalistes, reproduisant, et parfois amplifiant, les in\u00e9galit\u00e9s qu\u2019ils pr\u00e9tendaient d\u00e9passer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les g\u00e9ants de la tech qui dominent le march\u00e9 des logiciels ont certes contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9mocratiser l\u2019informatique, en la faisant entrer dans les foyers alors qu\u2019elle semblait, dans les ann\u00e9es 1980, r\u00e9serv\u00e9e au monde acad\u00e9mique et \u00e0 la recherche. Mais ces entreprises ont aussi b\u00e2ti des monopoles si puissants qu\u2019il est aujourd\u2019hui presque impossible de s\u2019en affranchir tout en restant int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 un march\u00e9 professionnel dominant et strictement norm\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-7598\" src=\"https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image1-300x212.jpeg\" alt=\"\" width=\"755\" height=\"534\" srcset=\"https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image1-300x212.jpeg 300w, https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image1-1024x724.jpeg 1024w, https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image1-768x543.jpeg 768w, https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image1-1536x1086.jpeg 1536w, https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image1-2048x1448.jpeg 2048w, https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image1-100x71.jpeg 100w, https:\/\/www.swash-formation.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image1-1184x837.jpeg 1184w\" sizes=\"(max-width: 755px) 100vw, 755px\" \/><\/p>\n<div class=\"exo\"><em><span style=\"font-weight: 400;\">Kate Crawford et Vladan Joler, <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Anatomy of an AI System<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> (2018).<\/span><\/em><\/div>\n<div class=\"exo\"><em><span style=\"font-weight: 400;\">Cartographie critique retra\u00e7ant l\u2019infrastructure mat\u00e9rielle, humaine et environnementale n\u00e9cessaire au fonctionnement de Amazon Echo.\u00a0<\/span><\/em><\/div>\n<div class=\"exo\"><a href=\"https:\/\/anatomyof.ai\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em><span style=\"font-weight: 400;\">https:\/\/anatomyof.ai<\/span><\/em><\/a><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Des alternatives existent : au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, le mouvement open source a fortement pris la parole pour contester ces \u00ab outils ferm\u00e9s \u00bb, soumis \u00e0 une logique de propri\u00e9t\u00e9 et de capitalisme. Des studios comme <a href=\"https:\/\/praticable.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Praticable<\/a> (ferm\u00e9 en 2024), des chercheur\u00b7euses comme <a href=\"https:\/\/julie-blanc.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Julie Blanc<\/a>, ou encore des collectifs comme <a href=\"https:\/\/osp.kitchen\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Open Source Publishing<\/a> militent pour une production ouverte et collaborative, hors des logiques propri\u00e9taires. Mais, dans les faits, les graphistes qui veulent s\u2019ins\u00e9rer dans une logique de march\u00e9 qu\u2019ils ne contr\u00f4lent pas restent d\u00e9pendants de l\u2019emprise des g\u00e9ants de la tech sans pouvoir choisir leurs outils de production.<\/p>\n<h3>\u00a0<\/h3>\n<h3 class=\"sousChap chapitre\">Le paradoxe du design<\/h3>\n<p>Les designers, designers graphiques inclus.e.s, se trouvent aujourd\u2019hui face \u00e0 un paradoxe. Comment revendiquer une pratique \u00ab responsable \u00bb dans un contexte o\u00f9 les logiques \u00e9conomiques et commerciales conditionnent les postures, verrouillent les outils et r\u00e9duisent les marges de choix r\u00e9elles ? Comment s\u2019y retrouver, alors que les appels \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la justice sociale se heurtent \u00e0 des structures productives qui encouragent au contraire l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration, la standardisation et la d\u00e9pendance aux monopoles technologiques ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9tape consiste \u00e0 se doter d\u2019un regard critique. Nous ne pouvons plus ignorer les enjeux du monde contemporain. Et dans cette formation au regard critique, les \u00e9coles de design ont un r\u00f4le central \u00e0 jouer (j\u2019y reviendrai sans doute dans un autre billet). Si la conf\u00e9rence AD\u2022Rec posait la question <em>Faire, encore ?<\/em>, on pourrait, aujourd\u2019hui, interroger : <em>Enseigner (le design), encore ?<\/em> Avons-nous vraiment besoin de designers dans la conjoncture actuelle ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse, m\u00eame partielle, est sans doute oui. Car avec un regard aff\u00fbt\u00e9 sur les enjeux \u00e9cologiques, sociaux et politiques, la pratique du design conserve toute son importance. Les designers ont la capacit\u00e9 d\u2019appr\u00e9hender et de rendre lisible la complexit\u00e9 du monde qui nous entoure. Par leur approche syst\u00e9mique, ils peuvent relier les multiples dimensions de cette complexit\u00e9 propre \u00e0 l\u2019Anthropoc\u00e8ne \u2014 ou au <em>Capitaloc\u00e8ne (2)<\/em>, pour reprendre l\u2019expression de Donna Haraway \u2014 en articulant les dimensions \u00e9cologiques, sociales, culturelles et \u00e9conomiques, et en d\u00e9veloppant des m\u00e9thodologies capables de les traiter dans leur ensemble.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les exemples europ\u00e9ens \u00e9voqu\u00e9s \u2014 de Milan \u00e0 Porto, en passant par Saint-\u00c9tienne \u2014 rappellent qu\u2019il n\u2019existe pas de d\u00e9finition simple ni univoque du design responsable. Comme un des curateurs de l\u2019exposition Inequalities \u00e0 Milan le souligne, les in\u00e9galit\u00e9s sont intersectionnelles. La r\u00e9ponse du design doit donc \u00eatre envisag\u00e9e de mani\u00e8re holistique, sans cloisonner l\u2019\u00e9cologique, le social ou le politique, mais en reconnaissant leur intrication. C\u2019est dans ce faisceau de dimensions, parfois contradictoires, que se joue aujourd\u2019hui le sens d\u2019une responsabilit\u00e9 en design.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;<\/p>\n<p><em>(1) On peut d\u00e9finir les communs comme des ressources partag\u00e9es (qu\u2019il s\u2019agisse de terres, d\u2019eau, de savoirs ou d\u2019informations) g\u00e9r\u00e9es et pr\u00e9serv\u00e9es collectivement par une communaut\u00e9 \u00e0 travers des formes d\u2019auto-gouvernance.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<em>(2) Le terme Anthropoc\u00e8ne d\u00e9signe la p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019impact des activit\u00e9s humaines sur la plan\u00e8te est tel qu\u2019il constitue une nouvelle \u00e8re g\u00e9ologique. Mais certain\u00b7es chercheur\u00b7euses, comme Donna Haraway, pr\u00e9f\u00e8rent parler de Capitaloc\u00e8ne, pour souligner que ce n\u2019est pas \u00ab l\u2019humain \u00bb en g\u00e9n\u00e9ral qui est responsable, mais bien un syst\u00e8me \u00e9conomique &#8211; le capitalisme &#8211; fond\u00e9 sur l\u2019exploitation intensive des ressources et des \u00eatres vivants.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2013<br \/>\n<b><\/b><\/p>\n<p><b>La r\u00e9dactrice<\/b><\/p>\n<div class=\"question\"><em>Lucrezia Russo est designer graphique, enseignante et chercheuse. Elle dirige depuis 2015 le d\u00e9partement Communication Design du Paris College of Art, o\u00f9 elle enseigne \u00e9galement. Ses recherches portent sur l\u2019innovation p\u00e9dagogique dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, et s\u2019int\u00e9ressent particuli\u00e8rement au potentiel du design comme levier de transformation sociale et p\u00e9dagogique.<\/em><\/div>\n<div>\u00a0<\/div>\n<div>\u00a0<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que la 24e Triennale de Milan, consid\u00e9r\u00e9e comme le \u00ab temple \u00bb du design italien, a ouvert ses portes en mai 2025 avec pour fil conducteur, et titre de l\u2019exposition, Inequalities, difficile de ne pas remarquer l\u2019inflexion qu\u2019emprunte aujourd\u2019hui la programmation des grandes expositions internationales de design, vers une observation plus critique d\u2019un m\u00e9tier qui cherche \u00e0 red\u00e9finir sa &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":7600,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[328,226],"tags":[],"class_list":["post-7543","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lecture","category-ressources"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.swash-formation.fr\/sw-connect\/wp\/v2\/posts\/7543","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.swash-formation.fr\/sw-connect\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.swash-formation.fr\/sw-connect\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.swash-formation.fr\/sw-connect\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.swash-formation.fr\/sw-connect\/wp\/v2\/comments?post=7543"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.swash-formation.fr\/sw-connect\/wp\/v2\/posts\/7543\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7616,"href":"https:\/\/www.swash-formation.fr\/sw-connect\/wp\/v2\/posts\/7543\/revisions\/7616"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.swash-formation.fr\/sw-connect\/wp\/v2\/media\/7600"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.swash-formation.fr\/sw-connect\/wp\/v2\/media?parent=7543"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.swash-formation.fr\/sw-connect\/wp\/v2\/categories?post=7543"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.swash-formation.fr\/sw-connect\/wp\/v2\/tags?post=7543"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}