Entretien avec Valérie Rio, Directrice de l’édition grand public jeunesse, parascolaire et BD au sein d’Editis
Valérie accompagne au quotidien les équipes éditoriales et créatives des maisons Nathan, Bordas, Syros et L’Agrume. Nous avons voulu comprendre comment s’organise le management créatif dans ces maisons d’édition. Et nous en avons profité pour nous replonger dans le séminaire que nous avons organisé pour ses équipes le 1er juillet dernier. La thématique : les ateliers d’artistes.
Valérie, quel a été ton parcours chez Nathan ?
Je suis arrivée en 1992, c’était mon premier poste. J’ai commencé aux Jeux Nathan, puis j’ai occupé progressivement différentes fonctions jusqu’à prendre la direction de l’édition grand public pour quatre marques. Aujourd’hui, cela représente environ cinquante personnes, hors service marketing qui ne m’est pas directement rattaché.
Tu diriges également le studio graphique intégré. Comment est-il structuré ?
Le studio compte un peu moins de 15 personnes, avec des compétences et des expériences très diverses. Certains profils sont spécialisés par ligne de catalogue (fiction, documentaire, petite enfance…) quand d’autres ont des compétences plus transversales. Quand j’ai repris le studio, il y avait un management « en râteau ». J’ai souhaité créer des niveaux intermédiaires, clarifier les rôles et formaliser les instances de décision. Je tenais aussi à ce que l’artistique ne soit pas placé sous l’éditorial. Le studio me reporte directement. L’édition et la création travaillent ensemble mais sans lien hiérarchique : cela offre davantage de latitude et clarifie la place de chacun dans le projet.
Comment se prennent les décisions graphiques ?
Comme tu le sais, les couvertures concentrent beaucoup d’enjeux. Pour éviter les discussions bilatérales qui s’épuisent, nous avons instauré des réunions couverture toutes les deux semaines, avec l’édito, l’artistique, le marketing et moi. On regarde les pistes ensemble, on échange, on arbitre.
Cela permet de désubjectiver les retours : on ne dit pas « j’aime / j’aime pas », on se place du côté du lecteur, on se réfère au brief. Ce cadre protège tout le monde :
• Le graphiste, qui n’a plus à défendre seul son travail,
• L’éditeur, qui ne porte plus seul la décision,
• Le projet, qui bénéficie d’un regard collectif.
Les graphistes sont-ils tous à l’aise pour argumenter ?
Pas toujours. Certains le font très bien et d’autres moins. C’est un point de vigilance important aujourd’hui et on attend de plus en plus que les créatifs sachent verbaliser leur intention. La réunion couverture les aide : ils présentent, l’éditeur complète, et on échange dans un cadre clair. Cela permet que chacun trouve sa place dans l’échange, indépendamment des personnalités ou des niveaux d’aisance.
Vous travaillez aussi avec des freelances. Quelle place leur donnes-tu dans cet équilibre ?
Ils sont essentiels, surtout en fiction où les plannings sont très chargés. Le DA choisit les freelances en fonction des genres, de leurs références… et de leur fiabilité, bien sûr. Il les briefe, suit les pistes, et les représente ensuite en réunion couverture.
Là encore, il y a un sujet de management : on confie au DA la responsabilité de défendre un travail qui n’est pas le sien, mais qu’il doit porter. Cela suppose de la confiance et une bonne connaissance des personnes que l’on fait intervenir.
Avant de prendre la direction du département, tu avais déjà la responsabilité du studio graphique. Ça change ou ça apporte quelque chose ?
Oui, car je connais très bien les graphistes, leurs sensibilités, leurs forces ou leurs zones de confort. Et eux savent que je peux intervenir quand c’est nécessaire pour rééquilibrer ou préciser certaines attentes. Tout repose sur un mix collaboration/autonomie/circulation. Beaucoup de choses se jouent en binôme éditeur/graphiste, avec une confiance installée.
Et tu décides de tous les réunir pour un séminaire quelques mois après ta prise de fonction. Pourquoi penses-tu à Swash pour ce moment ?
Déjà, parce que vous aviez organisé un certain nombre de visites muséales pour les graphistes qui avaient été très appréciées et même parfois enviées par les autres métiers.
Ensuite, suite à une réorganisation de nos bureaux, nous étions dans une période de télétravail : les équipes étaient éclatées et ne se voyaient plus. Je ne souhaitais donc pas nous enfermer dans une salle d’hôtel et les activités en plein air plus ou moins ludiques ou sportives me semblaient moins nous correspondre.
J’avais envie de quelque chose de différent, qui donne un souffle créatif. Un séminaire, c’est aussi une décision de management : qu’est-ce qu’on propose à son équipe quand on veut la réunir, et pourquoi ?
Comment la journée s’est-elle déroulée de ton point de vue ?
C’était top : la journée a suscité un enthousiasme que je n’avais jamais vu. Les retours ont été très nombreux et très chaleureux (je t’en ai transmis certains parce qu’ils étaient vraiment touchants).
Je crois que les équipes ont vécu cette journée comme un cadeau. Le programme, l’organisation, le ton… tout correspondait exactement à notre population. Rien n’était trop : ni trop guindé, ni trop concept, ni trop « événementiel ». C’était juste, et ça a parlé autant aux créatifs qu’aux autres métiers, ce qui n’est pas si fréquent. Pour moi aussi, c’était important, car il y avait un peu de moi dans ce séminaire : dans ce choix d’un moment différent, d’une journée qui rassemble sans être imposante. J’ai voulu m’y investir personnellement, plutôt que de déléguer. Et j’ai été très heureuse que cela se ressente.
La chaleur (le 1er juillet, on frôlait les 40°) a été le seul obstacle, mais le programme était solide et parfaitement exécuté. Sans ce détail, on était proche de la journée parfaite.
Est-ce que ce type de moment a un impact durable sur les équipes ?
La vérité, c’est que la routine revient vite. La période estivale est arrivée et la rentrée a été très dense : il y a eu un déménagement et un contexte de marché difficile… Mais je suis certaine que cette journée a laissé une trace : une « parenthèse réussie et un moment partagé ».
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