Interview

3 regards sur l’infographie dans les médias français

Par François Chevret, publié le 27 janvier 2026

Jamais, depuis la nuit des temps, nous n’avions eu accès à autant de données disponibles. C’est aujourd’hui, un véritable tsunami qui nous submerge d’où la difficulté au quotidien à hiérarchiser cette information. À comprendre le monde dans lequel nous vivons. Pour nous y aider, la data visualisation s’est imposée depuis 10 ans et a pris de plus en plus de place dans les médias. Sous forme d’infographies ou de cartographies.
Nous avons rencontré trois responsables qui nous parlent de leur expérience dans le monde de la data et de l’évolution de cette discipline.

Julien Guillot est responsable de la cellule Data/Infographie du quotidien Libération

En 2010, au moment où la presse aborde avec difficulté la transition du print vers le web, Julien Guillot, qui a une formation de journaliste, entame une conversion en datavisualisation. Le déclin des ventes au début des années 2000 et l’arrivée d’Internet avaient obligé les quotidiens français à repenser radicalement leur objet. Auparavant, de nombreux médias avaient externalisé ce qui pouvait être perçu comme « superflu » et l’infographie en faisait partie. À partir de 2010, les médias presse vont progressivement réintégrer ces compétences pour avoir la main dessus.

 

 

Julien Guillot :
À Libération, nous sommes une cellule de trois personnes au sein du pôle Créa qui regroupe les maquettistes, la dessinatrice (Coco) et notre équipe data et infographie (avec Alice Clair et Savinien de Rivet). Je suis à Libération depuis 2014 où j’ai commencé comme prestataire pour l’agence Idé en 2012, une des rares structures spécialisées en infographie pour les supports de presse.

C’est à cette époque que je vais créer mon agence (Big) qui assurera la transition entre la collaboration avec Idé et la cellule infographie de Libération. Big s’occupait principalement de l’infographie print. Les formats interactifs étaient gérés par un service interne (Six Plus). Les deux structures fusionneront pour donner naissance à Libé Labo.

En 2015, la nouvelle formule de Libération cherchera à déplacer le centre de gravité du papier vers le numérique. Johan Hufnagel, le « numéro un bis » à la tête de la rédaction de l’époque, expliquait cette mutation : « En se levant, le premier réflexe du lecteur pour consulter les infos, c’est le mobile. Il faut qu’on parte de là pour construire l’actu sur nos différents supports, c’est notre premier point de contact avec lui ».


François Chevret :
Est-ce que cette moindre place de l’infographie à Libération, contrairement au Monde
ou au Figaro, est liée à la forte présence de la photographie qui a été pendant très longtemps la signature graphique du quotidien. Libé, c’était la photo. Est-ce un choix éditorial ?
Oui, Libé c’est la photo, c’est son ADN. Mais je ne pense pas que la photo ait freiné l’arrivée de la data dans le journal. C’est plutôt un vecteur économique, structurel, par défaut. Nous sommes trois et faire des pleines pages de cartographie par exemple serait renoncer à d’autres réalisations. Au Monde ou au Figaro, ce sont des effectifs trois ou quatre fois plus importants que nous, sans compter les freelance qui accompagnent ces services.


Au sein de la rédaction, comment détermine-t-on le choix d’une infographie ?
Une infographie, c’est comme un article. Il y a toujours ce que l’on appelle en journalisme, un angle, un choix éditorial : « Qu’est ce que l’on souhaite raconter ? » En général, la réponse à cette question est donnée par le titre du graphique. Le titre est vraiment très important car c’est souvent par lui que le lecteur va entrer dans une infographie.

 

Aux États-Unis, l’extrême droite est impliquée dans 93 % des meurtres extrémistes

Pour ce qui est du choix de l’infographie, nous rencontrons tous les cas de figure. L’idéal c’est quand un journaliste aborde un article plusieurs jours à l’avance et que l’on détermine en comité de rédaction que la data peut venir éclairer un point particulier. L’autre cas, c’est un article qui va être publié le lendemain ou le jour même et un relecteur ou un chef de service va estimer qu’il manque quelque chose et qu’une infographie permettrait de mieux comprendre le sujet. Enfin, c’est l’actualité qui impose une infographie avec une carte de localisation par exemple. Nous faisons plus ou moins 200 infographies par an, ce qui est beaucoup pour une petite équipe comme la nôtre.

 

 

 

 

Est-ce qu’il y a une « écriture graphique Infographie Libé » ?
Nous avons créé un style bien marqué. Avec Alice Clair, qui est arrivée au journal en 2021, nous avons établi une charte graphique très colorée pour le web où la data occupe le maximum d’espace dans des formats image carrés. Cette signature évolue régulièrement. Pour le print, le plus souvent nous restons sur un graphisme rouge et noir un peu plus classique.


En termes de références, avez-vous des repères ?

Ce sont toujours les mêmes : The New York Times, The Washington Post, The Guardian. Dans des choses plus contemporaines, j’aime beaucoup ce que fait The Pudding.


L’arrivée de l’IA impacte-t-elle l’infographie à Libération ?

Depuis quelque temps, j’essaye régulièrement de l’utiliser mais, n’obtenant pas ce que je souhaite, je reste sur ma faim.

 

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Hervé Poirier est rédacteur en chef du magazine Epsiloon

Mars 2020, la quasi-totalité de la rédaction du magazine Science et Vie décide de quitter collectivement le mensuel qui vient d’être racheté par le groupe de presse Reworld Media. Il s’agit pour les journalistes de protester contre la dégradation de leurs conditions de travail, les attaques à leur indépendance et à leur éthique par le nouveau propriétaire.
Mai 2021, Hervé Poirier, l’ancien directeur de la rédaction de Science et Vie, annonce le lancement d’une campagne de financement participatif visant à promouvoir la création d’un nouveau titre, Epsiloon, dont le premier numéro paraîtra fin juin.
Depuis 4 ans, Léa Desrayaud assure en interne toute la création de l’infographie.
En octobre 2025, Epsiloon sortait en kiosque un numéro hors-série de 150 pages entièrement composé d’infographies.

 

 

Hervé Poirier :
Dès le départ, nous étions convaincus que l’infographie était un moyen qui allait nous permettre d’être complètement en phase avec la personnalité d’Epsiloon.
Nous venions tous de Science et Vie. J’y ai passé 25 ans et j’ai eu le temps de voir l’évolution du magazine. En interne, la place qui était dédiée à l’infographie était assez mal comprise. La data y était perçue comme de l’illustration et cela n’a jamais vraiment fonctionné. On y trouvait des gens plutôt doués pour le dessin, mais qui n’étaient pas journalistes. Nous avons longtemps réfléchi à la particularité de ce poste et au profil de la personne qui serait capable de l’habiter. C’est-à-dire quelqu’un qui est profondément dans l’esprit du journalisme… Aller chercher l’info, avoir une intention, comprendre une problématique. Penser et organiser l’infographie. Et c’est à ce moment-là que nous avons rencontré Léa Desrayaud qui possédait les compétences d’expression journalistique que nous avions envisagées. Nous avons travaillé un an avec elle jusqu’à ce que le rachat du titre provoque le départ de la quasi-totalité de la rédaction. N’ayant pas pu bénéficier de la clause de rupture, elle nous rejoindra un peu plus tard. Les premiers mois, quand nous avons imaginé Epsiloon, nous ne pensions pas consacrer un poste plein à la production de data. Nous avions réservé une place à Léa pour l’infographie et avions prévu un budget pour nous appuyer sur des graphistes extérieurs. Rapidement, tout le monde, autant la rédaction en chef que la direction artistique, a été convaincu du choix de confier toutes les infographies à Léa. Nous voulions privilégier une écriture graphique sans effet et cela correspondait parfaitement à ce qu’elle faisait. Pour Epsiloon, cela s’est révélé très valorisant car Léa produit de nombreuses pages en exprimant son talent journalistique.

 


Hors-série “Data, le monde en infographies” octobre 2025

 

François Chevret :
Ce numéro « Data Epsiloon »
de 70 panoramas infographiques, qui est sorti en octobre, n’est pas une simple accumulation de visuels en doubles pages. On sent derrière un projet éditorial.

Il correspond à l’état d’esprit du magazine. On découvre des visualisations qui permettent de comprendre et de contextualiser le monde dans lequel nous vivons. Au départ, il faut être honnête, c’est la richesse produite en 4 ans qui nous a poussés à imaginer ce hors-série. C’est aussi la cohérence graphique et, ça, c’est lié au travail de Léa. Nous avions devant nous une matière première qui avait de la valeur et restait complètement d’actualité. Nous y avons vu une expression assez profonde de ce que l’on a toujours voulu faire, c’est-à-dire regarder le monde autrement. Parler de sujets qui peuvent paraître communs, comme l’énergie, le climat, la santé… sous une forme différente. 

 

 

 

 


Double-pages Hors-série « Data – Le monde en infographie », octobre 2025
Infographies de Léa Desrayaud

 

J’ai toujours en tête le visuel de Kai Krause en 2010 qui relativise la taille du continent africain. Je connaissais les histoires de projection de Mercator, mais visuellement je ne m’en rendais pas compte. C’est véritablement l’infographie qui m’a permis de comprendre que cette projection n’était en rien neutre. Ce sont des portes d’entrée qui nous autorisent à nous arrêter sur des sujets que l’on n’aurait pas osé aborder parce que trop difficiles.
Absolument, la cartographie c’est de la politique, c’est réellement de la géopolitique. Et c’est aussi un outil journalistique.


Le choix de l’infographie pour un article Epsiloon arrive à quel moment ? 

Nous sommes une rédaction de 26 personnes dont 15 travaillent à temps plein. Nous sommes contraints par la pagination, à savoir plus ou moins 2 000 pages par an et nous pensons avoir trouvé la bonne proportion d’infographie au sein du magazine.

 


Croquis préparatoire et finalisation de l’infographie « 8 milliards d’humains » réalisée par Léa Desrayaud

 

Léa est de toutes les réunions de rédaction hebdomadaires. Et pour chaque sujet, nous faisons une réunion spécifique. Léa participe aux deux. Elle est là comme force de proposition pour la rédaction et pas simplement pour créer le visuel d’un article. Nous avons un système de veille assez complexe où nous mettons en commun tout ce qui concerne les sorties des publications scientifiques. Et dès qu’il y a quelque chose qui semble riche en données, nous en parlons avec Léa. Un sujet peut être mieux traité en infographie qu’en texte. Nous faisons également appel à des freelance. C’est d’ailleurs la solution que nous avons privilégiée durant le congé maternité de Léa. C’est un poste compliqué qui demande une multiplicité de compétences. Il ne faut pas avoir peur du contenu et rester ferme sur ses intentions, être radical dans son expression graphique et précis dans son édition, tout en étant clair sur l’information. C’est un domaine où il y a tellement d’informations données que si celles-ci ne sont pas bien passées au tamis du journalisme, de nombreuses erreurs sont possibles. C’est « un monstre qu’il faut parfaitement maîtriser ». 


Et qu’en est-il de l’arrivée de l’IA ?

Pour l’instant, cela ne concerne pas l’infographie, sinon pour condenser des données dans un fichier Excel. Par contre, pour ce qui est de l’illustration, la question se pose effectivement.


Ce qui fait la force et l’intérêt de votre hors-série, c’est autant l’angle journalistique que l’écriture graphique. Il y a une cohérence liée à une personnalité, dans la ligne éditoriale et le rendu graphique. Et ce malgré la diversité des thèmes abordés.
La ligne graphique d’Epsiloon, c’est un certain minimalisme qui ne cherche pas à surcharger l’information d’effets gratuits. Nous avons supprimé tous les encadrés des articles, tout ce qui perturbe la lecture. C’est dans cette ligne-là que l’infographie est travaillée. Pas de 3D ou d’effets de lumière, pas de dégradé, nous privilégions les couleurs franches. Pas de fioritures. C’est un traitement qui passe bien sur les réseaux sociaux. Avant de partir en congé, Léa a laissé des notes pour la préparation de notre hors-série d’infographies. Dans l’introduction, elle condensait son point de vue en quelques mots : « L’infographie. Des articles journalistiques à part entière, qui racontent des histoires, qui montrent des choses jusqu’ici cachées, qui donnent accès à une vision du monde que le texte ou la photographie ne peuvent retranscrire.

 

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Delphine Papin est rédactrice en chef, en charge de l’innovation cartographique au journal Le Monde depuis le printemps 2025.
Elle était auparavant responsable du service cartographie du quotidien.


François Chevret :
Est-ce que l’on peut revenir sur les moments forts concernant la cartographie et l’infographie du quotidien Le Monde ?


Delphine Papin
Mon expérience au Monde accompagne la cartographie. Le premier repère important, c’est l’arrivée d’Eric Fottorino à la direction du journal. C’est quelqu’un qui était véritablement visionnaire, autant dans la recherche d’idées que dans l’innovation. C’est en septembre 2008 qu’il annonce la création des pages Planète en pages 3 et 4 dans le chemin de fer. Pour mieux répondre à la mission du journal qui était d’expliquer le monde tel qu’il est et surtout tel qu’il vient. Ces pages Planète offraient une place à la cartographie. Et l’on vient me chercher à cette occasion.

 

 

J’arrive dans ce paysage avec l’expérience du dessous des cartes, l’émission de Jean-Christophe Victor sur Arte. Patricia Forlini, qui était cheffe du service infographie, avait compris que l’on ne pouvait plus se contenter de cartes de situation et que les cartes pouvaient dire autre chose. Ma formation s’est faite à l’Institut Français de Géopolitique à Paris qui était dirigé par Yves Lacoste. Il nous faisait travailler les cartes pour penser les situations, pour penser le monde dans sa complexité. Il s’agissait de regarder le monde du point de vue de là où on le cartographiait. Et je découvre qu’au Monde, on ne fonctionnait pas comme ça, on ne mettait pas en avant un point de vue. Rapidement, les choses vont évoluer. Le journal a compris que l’on pouvait faire des articles qui ressemblent à des cartes. Je ne voulais pas être « la carte qui illustre », je voulais être « la carte qui faisait le papier ». La lecture de la carte allait répondre aux mêmes caractéristiques que celles de l’article.

 

 

Le deuxième repère important, c’est quand Gilles Paris est nommé à la chefferie du service international en 2014. Il avait été correspondant à Jérusalem de 2001 à 2006 et, pour lui, on ne pouvait comprendre la complexité du Moyen orient qu’avec une carte. Très rapidement, je vais être traitée à égalité avec les rédacteurs. Ce qui était une première pour le service infographie. Tout ça est contemporain de l’arrivée d’internet où l’on se pose des questions sur la place qu’il faut trouver et la nature des supports pour raconter des histoires. Est-ce avec du texte, de la photo de reportage, de la cartographie ou du dessin de presse ? Sur internet, les gens étaient séduits par la couleur, ce qu’ils ne trouvaient pas dans Le Monde. Nous sommes à l’époque où le journal est moitié en N&B et moitié en couleurs quand il y avait de la publicité. Il fallait constamment argumenter, ce combat a été une conquête de territoire. À la direction de la photo, Nicolas Gimenez a très vite compris qu’une bonne carte n’était pas en concurrence avec une photo de reportage. Que tout était lié à l’histoire que l’on cherchait à raconter !

 

 

En lisant le Monde, j’ai l’impression que, souvent, c’est le lecteur qui va chercher la réponse. La carte nous pousse à nous interroger sur un sujet. Et suivant mon exigence ou mon envie d’en savoir plus, je m’immisce plus ou moins loin dans la carte. Cette carte, par exemple, nous offre différentes entrées possibles : on peut s’y plonger 15 secondes ou 10 minutes car il y a véritablement plusieurs strates de lecture.
Je ne sais jamais par où le lecteur va rentrer. Nous avons fait cent fois l’expérience… Certains rentrent par le titre quand d’autres sont séduits par le dessin de la carte, le graphisme. La légende peut être une porte. Le lecteur décide d’un voyage que je ne maîtrise pas. La carte offre le mérite d’apporter de nombreuses réponses à la complexité du sujet. Pour nous, toute la difficulté est de rendre simple cette complexité.


La précision du titre, le juste choix des mots est quand même très incitatif. Ce n’est pas obligatoirement ce que je vois en premier, mais c’est ce qui suscite mon intérêt.

Le titre, dans un journal comme Le Monde, est le domaine des éditeurs et non des journalistes. Et je me suis beaucoup battu pour avoir la main sur le titre, ou du moins un droit de regard. Ce qui est le cas aujourd’hui puisqu’au final c’est moi qui valide le titre, gagnant ainsi en autonomie éditoriale.


Qui signe les cartes ?

Effectivement, les cartes du Monde sont signées, et c’est un acquis. Les cartes sont généralement signées du chef de service, du cartographe et de la personne qui dessine la carte. Ce qui correspond à l’organisation de notre service en plusieurs domaines. Nous sommes 16 personnes réparties en 3 groupes. Il y a ceux qui cherchent l’information, les données, les illustrateurs qui dessinent l’habillage et les cartographes. C’est la rencontre des trois compétences qui fait que nos cartes sont qualitatives. C’est cette répartition du travail que l’on retrouve aussi bien au Figaro qu’aux Échos avec des personnes qui sont souvent passées par notre service du Monde.

 

« Une mer de gaz dans l’est de la Méditerranée ». Aux Malofiej International Infographics Awards, Le Monde a remporté une médaille d’or pour cette cartographie dans la catégorie « Planned coverage » en 2021


Avant d’aborder l’avenir, quel est votre regard sur le présent ?

J’ai le sentiment que les choses changent. Nous avons toujours eu, en France, une culture et une approche particulière de la cartographie qui est quelque chose de bien ancré. Au bac, les élèves planchent avec une carte. C’est le succès de l’émission le dessous des cartes sur Arte, mais aussi le travail d’un éditeur comme Autrement qui fabrique des atlas thématiques qui n’ont pas d’équivalent à l’étranger. C’est un savoir-faire qui est reconnu. Et jusqu’à ces dernières années, nous pouvions nous prévaloir de faire une autre cartographie, différente de celle des Américains qui font une cartographie quantitative, à base de données diverses spatialisées. S’ils n’ont pas la donnée, ils ne cartographient pas. Alors qu’en France, nous n’hésitons pas à raconter un point de vue, un ressenti. Nous mettons de la géographie et de l’humain au même endroit. Car l’espace et le territoire, ce n’est pas la même chose. Eux parlent d’espace, nous de territoire. Ce que je constate c’est, qu’aujourd’hui, la formation à la cartographie tend vers cette approche américaine, plus spatiale et moins territoriale. Avec des logiciels ultra puissants qui peuvent traiter de grosses quantités de données. La jeune génération se pose moins de questions, ils ont peu de connaissances en géographie physique et sont de plus en plus informaticiens. Les nouveaux cartographes se sécurisent par la géolocalisation. Pour eux la précision est plus importante que le récit.

 

 

Depuis 5 ans, nous sentons un regain d’intérêt pour les frontières. Le Covid, les guerres, les choix politiques, le territoire, tout cela pose et repose la question des frontières. Les gens ont envie de comprendre et de visualiser. Ce qui paraissait immatériel ou virtuel redevient réel. Partout dans le monde, on cherche à fermer les frontières. Pas une semaine ne passe sans que l’on parle de redessiner les frontières de tel ou tel état !
Nous le percevons nettement avec les hors-séries que nous publions au Monde. Depuis 2020, nous réalisons des hors-héries 40 cartes pour comprendre telle ou telle situation dans le monde. Les gens ont envie d’appréhender le monde par les cartes.


L’IA et les réseaux sociaux nous rendent très passifs. Avec la cartographie, on pousse à la curiosité, on devient actif. On a tous besoin d’histoires.

Les jeunes du service ont le sentiment que je leur raconte un temps ancien de la cartographie. L’enjeu dépasse la donnée. Et c’est vrai que cela demande du temps et de la culture, ils trouvent que c’est souvent trop. C’est aussi pour cela qu’en interne, nous séparons les savoirs : celui qui va chercher la donnée, celui qui dessine et hiérarchise l’info. La cartographie c’est la rencontre de l’art et de la science. Vous ne pouvez rien lâcher sinon le sens se dilue.

 

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Le rédacteur

François Chevret est graphiste, enseignant et chroniqueur. Depuis 2020, il publie une newsletter hebdomadaire, La Survivance, consacrée à l’image et aux différents acteurs du design graphique.
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